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Les volumes reliés

Hormis les passionnés qui privilégient la collection des fascicules, avec leurs couvertures et les pages de publicités, les amateurs de L’Illustration apprécient particulièrement les collections reliées. Posséder les 215 volumes parus entre 1843 et 1944 est même un but que certains se sont fixé, au risque d’y consacrer plusieurs décennies. Avant de se lancer dans l’aventure, il n’est pas inutile de connaître « le terrain » sur lequel on s’aventure…Quelles présentations ? Quels formats ? Quelles qualités de reliures ? Quels prix ? Des questions sur lesquelles l’article qui suit tente fait le point.


Si collectionner les fascicules de L’Illustration présente l’intérêt de disposer de l’intégralité du contenu de la publication, pages de publicité incluses, l’ensemble se révèle difficile à manipuler et à conserver. C’est pourquoi, dès les premiers numéros de L’Illustration, on a pris soin dans beaucoup de familles de les faire relier, le magazine devenant un élément patrimonial. D’ailleurs dans l’esprit des fondateurs de la revue, il ne pouvait en être autrement puisque les pages, dès l’origine, étaient numérotées en continu, d’un fascicule à l’autre, et que l’on publiait deux fois par an des tables des matières « destinées à la reliure ». Lire L'Illustration et la conserver étaient un signe d’appartenance à une certaine élite. Il arrive même que, de génération en génération, on se soit transmis ce patrimoine, ce qui ne manque pas aujourd’hui de faire le bonheur des collectionneurs ou des libraires d’ancien. Le cas est assez rare, mais on peut encore arriver à dénicher des collections complètes, couvrant les 101 années de publication, avec des reliures quasiment homogènes.

COMMENT SE PRESENTE UNE COLLECTION RELIEE ?

La collection complète reliée de L’Illustration, du n°1 (4 mars 1843) au n° 5292-5293 (12-19 août 1944) comporte 215 volumes... soit environ plus d’une tonne à répartir sur au moins 9 mètres de rayonnages…de préférence très résistants ! Il faudrait y ajouter les 21 volumes de France-Illustration du n°1 (6 octobre 1945) au n° 429 (décembre 1955). Ces derniers sont plus rares, tout au moins dans une véritable reliure artisanale. Chaque volume s’ouvre sur un cahier comportant le titre, les dates, la tomaison et une table des matières. Ce cahier était livré en supplément avec la revue, quelques semaines après la fin du semestre ou du quadrimestre écoulé. Y figurent la table alphabétique du texte, les noms des auteurs et ceux des artistes, une table des gravures, réparties en une vingtaine de rubriques. C’est un instrument essentiel pour naviguer au sein des volumes. A noter que, parfois, la table peut avoir été reliée en fin de volume.

Elle peut aussi être absente, à partir du moment où elle n’a été livrée qu’aux seuls lecteurs ou abonnés en faisant expressément la demande. C’est notamment le cas pour la période 1940 – 1944, compte tenu des restrictions en papier. Il existe enfin une Table récapitulative générale publiée en 1933 et couvrant les 90 premières années de parution. A ces trois volumes s'en ajoute un quatrième consacré à un index cumulatif. Disponibles dans certaines bibliothèques publiques, ces quatre volumes se révèlent extrêmement difficiles à trouver pour les collectionneurs, sans doute pour cause de faible tirage.

QUELQUES CAS PARTICULIERS

On trouve très exceptionnellement des volumes dans lesquels les publicités ont été conservées totalement ou partiellement. Le prix en est donc nettement plus élevé.

Il arrive aussi que l’on ait fait relier une suite de numéros spéciaux, le cas le plus courant étant la réunion sous une même reliure d’un ensemble de numéros de Noël, de l’Automobile ou encore des Salons de peinture. Leur caractère plus exceptionnel fait qu’ils peuvent atteindre des prix plus élevés.

Le Tableau d’honneur de la guerre, officiers, sous-officiers et soldats cités à l’ordre de l’armée, nommés ou promus dans la Légion d’honneur ou décorés de la médaille militaire est un autre volume très recherché. Les planches illustrées, contenant chacune 25 à 28 portraits, accompagnés de la citation, ont été insérées régulièrement dans les fascicules, entre le 30 janvier 1915 et le 30 juin 1917. L’Illustration sollicitait même ses lecteurs, la condition à la publication étant que la citation et le motif aient été publiés dans le Bulletin des armées. Elles comprenaient chacune 4 pages : 1915 : planches 1 à 128 -- 1916 : planches 129 à 332 -- 1917 : planches 333 à 416. L'Illustration a ensuite décidé, pour des raisons financières, de les publier indépendamment. A partir de juillet 1917, le Tableau d'honneur parut seul et mensuellement, par fascicules de 16 planches (1918-1919 : planches 417 à 658). Au total, l’ensemble des pages recense 10.614 soldats, sous-officiers et officiers. Elles figurent quelquefois dans les volumes reliés de la série de la Grande guerre, mais elles ont aussi pu être reliées à part en un seul volume. Ce dernier type de volume est relativement rare. Un supplément de 48 pages portant sur les Fourragères attribuées aux régiments a été également publié en 1919.

LES TROIS FORMATS DE RELIURES

*De 1843 à 1882 : 380 mm/280 mm
*De 1883 à 1929: 395 mm/295 mm pour un format fascicule de 310 /420
*De 1930 à 1944 : 380 mm/280 mm pour un format fascicule de 290/380
Dans le n°4.531 du 4 janvier 1930, date du dernier changement de format, on trouve un long article sur « L’essor de l’Illustration 1843-1930» qui évoque ces différentes étapes.

LES VOLUMES SEMESTRIELS ET QUADRIMESTRIELS

De 1843 à 1929 inclus (Tomes 1 à 174), les fascicules sont reliés par semestre (janvier-juin et juillet-décembre) soit deux volumes par an ou 174 volumes pour les 87 années. Pour les toutes premières années de publication (avant 1850), il arrive que les volumes semestriels courent de mars à fin août et de septembre à février de l'année suivante. L'Illustration ayant commencé à paraître en mars 1843, on avait pris l'habitude de réunir six mois de publications en un volume. Progressivement, les relieurs ont fait coïncider les deux volumes avec l'année civile.

Dans la même période, la pagination augmente considérablement : on en arrive à des volumes semestriels de 416 pages dans les années 1840, 368 pages en 1870, 436 pages dans les années 1910 et 820 pages en 1929. Des volumes de plus en plus lourds et de moins en moins maniables. C’est pourquoi, en 1930, en même temps qu’un format légèrement rétréci, L’Illustration adoptera un autre rythme pour la reliure, Le relieur ne conserve pas les couvertures sauf dans quelques cas comme les numéros de Noël ou les numéros spéciaux à couverture illustrée (l’automobile, le salon de peinture…)

De 1930 à 1941 (Tomes 175 à 210) , les fascicules sont reliés par quadrimestre (janvier-avril, mai-août et septembre-décembre), ce qui fait retomber la pagination à 548 pages par volume en 1930 et à 584 pages en 1939. La couverture étant désormais illustrée, elle est en général conservée lors de la reliure.

En 1942 et en 1943 (Tomes 211 à 214), les restrictions de la pagination obligent à revenir à 2 volumes semestriels.

Pour 1944 (Tome 215 et dernier), enfin, il n’y a plus qu’un seul volume couvrant la période janvier-août avec 302 pages.

LES DIFFERENTES QUALITES DE RELIURES

LES RELIURES ARTISANALES

La reliure des fascicules était effectuée par des artisans relieurs et il est donc normal d’avoir une grande diversité de types de reliures qui vont se distinguer par les matériaux utilisés, la présentation du dos, le titrage. La diversité ne veut pas forcément dire la grande variété car, d’un relieur à l’autre, on retrouve assez souvent des motifs identiques comme les fleurons dorés ornant le dos des reliures. Ces reliures offrent la meilleure qualité et elles ont souvent mieux résisté à l’usure du temps que les autres.

Les reliures les plus courantes sont en demi-basane (à base de peau de mouton tannée) ou en demi chagrin (cuir grenu à base de peau de chèvre ou de mouton). On peut aussi trouver des exemplaires reliés plein cuir.

Les plats peuvent être en percaline ou recouverts de papier marbré. Quelquefois, ils sont simplement recouverts de toile. Sur ces plats, peuvent figurer des motifs dorés, comme le nom d’une bibliothèque… ou d’un club privé où on venait lire la revue, entre membres de bonne compagnie.

Les dos portent en général le titre L’Illustration, l’année et/ou le tome, quelquefois plus (comme la période couverte : janvier-juin 1929…), le tout doré. Le dos peut être lisse avec des filets « à froid » ou des « filets dorés » mais il peut aussi présenter des « nerfs » (4 ou 5). Dans la plupart des cas, les dos sont ornés de 4 ou 5 « fleurons » dorés.

LES RELIURES SEMI-INDUSTRIELLES

Ce sont les reliures uniformes et standardisées qui ont été réalisées dans les ateliers que L'Illustration avait aménagés dans les sous-sols de la rue Saint-Georges. C’est ainsi que deux types de reliures étaient proposés aux lecteurs :

La moins chère (39 francs en 1939) était une « reliure fantaisie à piqûre métallique, dos toile marbré marron, plats marbrés, filet or, titre sur fond bleu et rouge, tranche jaspé ». Ce cartonnage de l’éditeur est d’une qualité en général médiocre ce qui explique la cotation la plus basse. Les fonds bleus et rouges ont souvent mal supporté les effets du temps.

La plus chère (69 francs en 1939) était « une reliure à coutures fines ; dos arrondi, plats papier marbré rouge et bistre, dos chagrin rouge, titre et motifs frappés en or ; filets à froid, tranche jaspée ».

LE CAS PARTICULIER DE FRANCE ILLUSTRATION

Avec la parution de France illustration, d’octobre 1945 à décembre 1955, le collectionneur peut ajouter 21 volumes aux 215 de l’Illustration. Toutefois, les collections complètes en reliures artisanales sont relativement difficiles à trouver. La tradition du magazine que l’on faisait relier dans chaque famille pour le transmettre de génération en génération ou pour orner la bibliothèque du salon familial se perd après guerre. Rareté veut donc dire prix plus élevés en moyenne. Pour une collection complète, en reliure uniforme, il faut compter entre 2.000 et 3.000 euros, si l’on se réfère aux sites de libraires professionnels.

Moins rares sont les volumes reliés avec les reliures amovibles de la marque Aclé, le plus souvent de couleur rouge, que le magazine a proposées dès ses premiers mois d’existence. Une année complète, sous cette présentation en 4 volumes trimestriels, avec les publicités conservées, peut se négocier entre 100 et 150 euros.

COMMENT FAIRE RELIER DES FASCICULES AUJOURD’HUI ?

Si l’on possède un quadrimestre ou un semestre complet, on peut être amené à en envisager la reliure. C’est souvent le cas pour la période 1940-1944 durant laquelle on a moins fait relier les volumes pour cause de guerre et de pénuries de matières premières. Il faut toutefois avoir à l’esprit le coût de telles reliures : sans entrer dans le détail des matériaux, il faut compter entre 100 et 200 euros, voire plus, par volume…ce qui veut dire 200 à 400 euros pour 2 volumes semestriels ou 300 à 600 euros pour 3 volumes quadrimestriels. C’est cher, mais la reliure d’un volume complet demande un travail important, si l’on en croit les spécialistes. Il faut notamment monter certaines pages sur onglet. Les tarifs étant certes variables d’un relieur à l’autre, Il reviendra en général cependant moins cher d’acquérir un volume relié que de faire relier les fascicules. Si l’on doit passer par l’étape de la reliure, il sera nécessaire de consulter plusieurs relieurs et de bien définir la qualité de reliure souhaitée. Entre cuir et toile, avec nerfs ou sans nerfs, les tarifs ne sont évidemment pas les mêmes.

QUE FAUT-IL VERIFIER EN ACQUERANT DES VOLUMES RELIES ?

Les mêmes vérifications que pour l’achat de fascicules s’imposent (se reporter à l’article qui leur est consacré sur ce site). Certains libraires professionnels mentionnent « ouvrages entièrement collationnés ». C’est un gage de qualité, le libraire ayant pris soin de passer en revue,page par page et méticuleusement, chaque volume. On évitera donc les mauvaises surprises des pages absentes, des hors textes mutilés ou des feuilles collées. Cette garantie entraîner un prix plus élevé. On trouve aussi les formules « ouvrages partiellement collationnés » ou encore « non collationnés ». Les vendeurs professionnels donnent en général un descriptif assez complet, mentionnant pour éviter toute réclamation les manques et les défauts .

La présence des pages de titre et des tables des matières (elles n’y sont pas toujours).

*La présence de la totalité des numéros du semestre ou du quadrimestre, en particulier les numéros de Noël, de l’automobile, des salons de peinture.

L’état des pages intérieures. Il n’est pas rare que les numéros les plus anciens (avant 1900) présente quelques rousseurs dues à la qualité du papier utilisé. Il peut en être de même pour des volumes plus récents mais qui ont séjourné dans une atmosphère humide…Sans oublier les pages collées entre elles.

L’état de la reliure pour laquelle on trouve souvent les mêmes défauts : des coiffes (partie supérieure du dos) abîmées par suite de manipulations, des titres et fleurons dorés effacés par le temps, des plats rayés, avec des accrocs, des coins abîmés… Il arrive aussi que la reliure soit désolidarisée des fascicules. Ce cas est fréquent pour les volumes les plus anciens…C’est un point à ne pas négliger compte tenu du coût d’une nouvelle reliure. La restauration d’une reliure abîmée peut cependant être envisagée.

Enfin, si l’on acquiert l’année 1940, l’idéal est d’y trouver les numéros rares des éditions de Bordeaux et de Clermont reliés. Dans la plupart des cas, on passe du n°5075 (8 juin) au n° 5084 (édition de Paris du 17 août). On peut avoir la chance de trouver cette année 1940 avec les n° de Bordeaux et de Clermont reliés. Plus rarissimes encore sont les volumes de 1940 dans lesquels on a fait soigneusement relier les n° de Bordeaux puis ceux de Clermont et de Paris publiés en parallèle entre le 17 août et le 14 septembre 1940. C’est exceptionnel mais cela peut se trouver.

Un dernier point en guise de conclusion…Se constituer une collection volume par volume, année par année permet de planifier la dépense …Mais ce n’est pas forcément la solution la plus économique. En général, en acquérant un lot comprenant plusieurs années, outre l’uniformité de la provenance et des reliures, le coût moyen par volume peut s’avérer souvent moins élevé. A titre d’exemple, une collection complète de 1843 à 1944, avec des reliures quasi uniformes, de la même provenance et en très bon état est proposée par des libraires professionnels autour de 18.000 à 20.000 euros, soit un prix moyen de 83 euros par volume. La même collection, mais avec des reliures dépareillées peut se vendre entre 4000 – 8000 euros et 10.000 euros. Une collection, constituée au détail reviendrait sans doute 30 à 50% plus cher, compte tenu de la rareté de certaines années. Enfin, ne pas oublier en cas d’achat sur un site Internet ou par correspondance d’y intégrer les frais de port. C’est au minimum une quinzaine d’euros en plus par volume. Un élément non négligeable à prendre en compte.

Jean Paul Perrin